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chapeau de paille

  • Bienvenue à Boboland : les fermes-cueillettes

    Hier, je suis allé dans une ferme-cueillette du réseau Chapeau de paille. C'est un endroit où la clientèle se baisse elle-même pour ramasser ses légumes dans les champs. Tomates, framboises, navets et rhubarbe, à peu près tout ce qu'on peut trouver au marché s'y trouve aussi pour peu que ce soit la saison.

    N'attendez pas une ristourne sur le prix en échange de la déprolétarisation quasi totale de la distribution des produits : c'est pratiquement le prix du marché. Les promos sont rares et pas toujours intéressantes. Les fruits et les légumes sont issus des variétés très productives particulières à la production industrielle et sont gorgés d'eau.

    Ferme-cueillette, chapeau de pailleBien entendu, l'agriculture est présentée ici comme "raisonnée". Le producteur s'engage à ne pas trop gaver le sol et les plantes de pesticides, en particulier à l'approche de la période de cueille. Des pièges à insectes écolos trônent au départ des rangs. Des mauvaises herbes poussent entre les plants. Tout ça n'est que de bon sens mais hélas, aucune justification chiffrée ne vient étayer cette affirmation. Il est aussi de bon sens de ramener ses emballages vides, paniers en carton et sacs en plastiques mais c'est encore mieux si c'est affublé d'une mystique en peau de saucisson. C'est un des traits de la boboïsation de la société : les bonnes intentions suffisent pourvu qu'elles soient présentées sous les traits de la pensée magique écologiste.

    Le signe le plus tangible de la présence du visiteur à Boboland reste l'état d'esprit avec lequel toute cette marchandise est présentée au client. Il ne s'agit que de cela : des clients et de la marchandise. Mais le coup de génie marketing consiste à vendre, en plus du kilo de patates à 1,60 euros tout de même, l'idée que tout cela, "c'est bon pour la planète !"

    Dans le champ, pas le moindre robinet pour se laver les mains du jus toxique des feuilles de rhubarbe ou de tomate, ou pour faire boire votre gamin. Par contre, le taux de pesticides, l'avenir des coccinelles et donc celui de la planète, c'est important. Il s'agit de vous inspirer le sentiment diffus qu'en lâchant vos talbins dans les mains de ce fermier-là, dont vous ne voyez que les caissières, plutôt que dans celles de M. Auchan ou M. Carrefour, vous faites du bien à la planète. Vous êtes dans le camp des gentils. Vos intentions sont pures. Vos patates sont sanctifiées. Alleluia...

    Faut-il renoncer pour autant à cueillir des légumes frais à la saison ? Pas forcément mais tout serait tellement plus simple si ce petit peuple de la ferme ne prenait pas le client pour une truffe et ne se sentait pas obligé de nous refiler tout ce fatras idéologique avec ses potimarrons trop chers.