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famine

  • Famine et écologie : beaucoup d'efforts pour masquer les contradictions

    Qu'il s'agisse de la politique de famine pratiquée à Gaza par les autorités israëliennes ou de la sauvegarde des populations affamées par les désordres sociaux organisés par les grandes multinationales et leurs alliés du FMI et de la Banque mondiale, l'écologie politique a bien du mal à sortir de ses contradictions : le fond idéologique malthusien persiste.

    Combien de personnes savent que, pour les spécialistes onusiens, la planète est capable, actuellement, de nourir deux fois plus de personnes qu'elle en comporte ? Discuter de ces questions avec Monsieur Tout-le-monde ou avec Mme Michu amène immanquablement la réponse : la Terre ne peut pas nourir tout le monde puisqu'elle est déjà en situation de "surpopulation".

    C'est l'évidence partagée par Pujadas et tous ses amis journalistes : il y a trop de gens sur Terre.

    En cela, le discours écolo est déjà victorieux et nous n'aurons de cesse ici d'affirmer qu'il est dangereusement totalitaire et mortifère. Beaucoup de pratiquants de l'écologie, acteur ou consommateur des sous-produits écolos, restent convaincus qu'Arne Naess a raison, que l'être humain est un destructeur par essence et que s'il y en avait un peu moins, ce serait "bon pour la planète !".

    C'est ainsi qu'on lit, sur les sites EELV, tout un tas de mobilisations au sujet de la famine organisée par Israël à Gaza. Il ne faudrait pas que les Gazaouis oublient de fermer le robinet après s'être lavés les dents.

    Pourtant, à lire le compte-rendu du National, on finit par trouver ces préoccupations démagogiques franchement indécentes. Si on fait le compte des camions de ravitaillements nécessaires à ce territoire pour survivre (c'est la méthode de calcul classique de l'UNICEF qui fait le compte des calories nécessaires à la population pour vivre, soit 2200 kCal/jour), ce sont 170 camions qui devraient entrer. Or les israëliens n'en autorisent que 67.

    Ces calculs ne tiennent compte que des besoins énergétiques et pas des besoins en micronutriments (sels minéraux et vitamines) dont le manque occasionne des maladies graves comme le noma. En d'autres termes, si les Gazaouis ne meurent pas de faim, ils meurent de malnutrition. Cette politique est, après tout, conforme à l'idéologie malthusienne : quand il n'y a pas assez de nourriture, les gens doivent mourir.

    Mais les écologistes ne s'occupent que de l'aspect politique de cette situation : la question morale de l'accès à la nourriture ne les concerne que parce qu'elle s'inscrit dans un paysage politique immoral. Ainsi, le site écolo Reporterre explique : "Ce qui se passez à Gaza ne peut nous laisser indifférents." On est bien content. Le site écolo Ecologie solidaire pousse les hauts cris de la même façon. On connaît la chanson.

    On connait moins la mobilisation des écologistes contre la faim dans le monde. C'est normale : elle devrait être centrale, si l'écologie était de gauche. Elle n'est qu'accessoire. Il suffit de lire la liste des sites où intervient Action contre la faim pour comprendre que la bande de Gaza ne devrait pas être la seule cible de l'indignation si sincère des écolos. Le WWF préfère nous bourrer le moût avec la sauvegarde des loups ou celle des ouistitis à poils durs au titre de la survie des générations futures.

  • Jean Ziegler : Destruction massive, géopolitique de la faim

    Je lis le remarquable livre de Jean Ziegler intitulé Destruction massive, géopolitique de la faim. Ziegler est spécialiste de ces questions depuis le début de sa carrière et dresse un tableau à charge : la faim dans le monde n'est pas une fatalité mais une intention. On le sait depuis longtemps : le prix Nobel de l'humour noir doit être remis séance tenante aux fonctionnaires repus du FMI, de l'OMC et de la Banque Mondiale qui, au fil de leurs rapports, dressent un portrait optimiste de leurs actions respectives.

    écologie, famine, faim, Ziegler, OMC, FMI, Banque mondialeEn réalité, l'optimisme affiché par ces grandes structures de pouvoir est surtout partagé par les multinationales qui profitent, avec activisme, des dérégulations des marchés dont les pays pauvres sont les victimes logiques, des dissolutions de structures étatiques remplacées par des organismes privés, des hausses des cours de denrées de base qui s'ensuivent tout aussi logiquement.

    Actuellement, toutes les cinq secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. La sous-alimentation, en particulier chez les enfants et leurs mères, provoquent des retards de développement physique et mental irréversibles. Et la plupart de ces situations de famine sont créées artificiellement par une politique génocidaire orchestrée par des multinationales voraces et leurs marionettes.

    Et l'écologie dans tout ça ?

    Eh bien, vous le savez, l'écologie sature l'espace médiatique, notre "temps de cerveau disponible", avec les supposés désordres climatiques dont nous serions coupables. Elle s'invite dans nos quotidiens, dans nos consciences politiques, dans nos idéologies, dans les programmes des partis politiques pour nous parler d'horizons incertains calculés par des modèles obsolètes à cinq chiffres significatifs.

    On connait l'origine ultralibérale du renouveau écologique des années 60 (WWF, Club des 1001, etc.). L'écologie apocalyptique dominante actuellement, cette idéologie néo-malthusienne que Jean Ziegler pense naïvement éteinte depuis Josué de Castro, tout ce fatras bruyant ne nous parle des générations futures que pour masquer l'atroce réalité quotidienne que vivent les populations d'Inde, d'Afrique sub-saharienne ou du Nordeste brésilien.

    "Le monde a faim et nous calculons nos gaz à effet de serre..."