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festivisme

  • Pfff.. Encore un matin... en attendant la fin du monde !

    Ce matin, sur France Inter alias Radio Bobo, c'était "Encore un matin..." du chroniqueur hyperfestiviste Didier Varrod. On y a atteint des sommets en attendant la fin du monde. En écoutant le chroniqueur, on avait juste envie qu'elle arrive plus vite...

    Didier Varrod, bons sentiments, jazz, fin du monde, 21 12 2012La victime du jour est un jeune saxophoniste, Baptiste Herbin. Comme il a 25 ans et qu'en terre festiviste, la jeunesse est une vertu morale, son panégyrique a eu des nuances de tendresses qui le rendaient encore plus drôle que d'habitude. "Baptifte Herbin voulait dévà vouer du faxophone à l'âve de quatre ans !" Vous rendez-vous compte ?

    L'auditeur était censé se trouver subjugué par la virtuosité du saxophoniste alto ; il était juste agacé par des arpèges rapides et durs sans rien de commun avec ce qui les avait inspiré (le bebop, un style de jazz vieux de 70 ans), des ballades poussives sans relief au timbre épais comme une feuille d'OCB, des traits ultra-rapides sans âme servis par une technique apprise chez Massey-Fergusson.

    Misère ! Il suffit que ça ressemble un peu aux Soeurs Jumelles de Michel Legrand pour qu'on compare l'inspiration du saxophoniste en culotte courte à celle du compositeur des Parapluies de Cherbourg. Pauvre de nous, on n'y avait pas pensé !

    C'est surtout la prose glougloutante de Didier Varrod qui nous cueille chaque matin : un morceau insupportable de mauvais français mal lu au sujet de musiciens toujours identiques à force d'originalité, toujours consensuels à force de subversion, toujours anglicisés à force d'anglicisme.

    C'est en général dans sa dernière phrase que notre virtuose de la bien-pensance musicale est le plus fort : "11 titres dont 10 compovifions orivinales : on y goûte une foupleffe du veu accompagnée d'une belle félérité dans fon phravé qui n'a pas peur de fouffler dans la nuanfe tout en vouant danv un même morfeau dans des reviftres de tonalités vertivineux."

    Ne cherchez pas, ça ne veut rien dire. La "virtuosité de chute libre" du Sonny Stitt de la chronique musicale est plutôt une originalité "en chute libre" qui nous émeut par son pouvoir gnan-gnan repoussoir, ses vertus émétiques, ses tonalités enfantines, son goût pour le gloubi-boulga...

    Vivement la fin du monde !

  • Dominique A : Rendez-nous la chanson française !

    Il fut une époque où la chanson française était réputée pour sa pertinence et son impertinence, pour sa gaîté et sa profondeur,  la verdeur de son verbe et de sa mélodie. Quand on écoute cette chanson de Dominique A, Rendez-nous la lumière, on a le sentiment d'avoir changé d'univers, que ces temps son bien derrière nous, que la chanson française est un genre désormais moribond laissé aux incantations ovines d'une foule de poilus à guitare comme autant de clones de clones de faux-Dylan.

    Désolé de "gâcher" la grand-messe festiviste, à l'attention des habitants du 11e arrondissement de Paris et des mangeurs de tofu bio. Lecteur ! S'il te reste encore un peu de sens critique, avant de "rendre" la raison, poursuis avec moi cette rapide incursion dans la nouvelle chanson française.

    Voici le texte de cette prière à Gaïa :

    On voit des autoroutes, des hangars, des marchés
    Des grandes enseignes rouges et des parking bondés
    On voit des paysages qui ne ressemblent à rien
    Qui se ressemblent tous et qui n'ont pas de fin

    [Refrain]
    Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
    Le monde était si beau et nous l'avons gâché
    Rendez-nous la lumière, rendez-nous la beauté
    Si le monde était beau nous l'avons gâché

    On voit de pleins rayons, de bêtes congelées
    Leurs peurs prête à mâcher par nos dents vermillons
    On voit l'écriture blanche des années empilées
    Tous les jours c'est dimanche, tous les jours c'est plié

    [Refrain]

    On goûte au vieux mensonges des cieux embrigadés
    Tant de vies sacrifiées pour du cristal qui ronge
    On voit des fumées hautes, des nuages possédés
    Des pluies oranges et mauves donnant d'affreux baisers

    A qui s'adresse le refrain ? Qui doit rendre la beauté ? Qui a cette capacité ? Mystère. Nous avons "gâché" le monde et quelqu'un doit nous en "rendre la beauté"... Quelqu'un doit nous "rendre la lumière"... Ces deux attribus du Paradis terrestre, beauté et lumière, nous indiquent que nous vivons, aujourd'hui, dans un monde d'obscurité et de laideur, dégringolés d'un Eden dont les clés semblent détenues par l'énigmatique sujet de cette adresse.

    Le reste de ce cantique n'est pas plus explicite. Il appartient à la catégorie des chansons catalogues : des choses assez banales sont successivement désignées par des circonlocutions dont on devine que l'auteur les aimerait poétiques.

    En fait, comme le refrain tombe de façon bancale sur la dernière rime, comme il lui manque une syllabe et que le chanteur, on ne sait pourquoi, n'a pas pensé compenser ça de façon rythmique, toute cette belle poésie fait un flop.

    On peut penser qu'il s'agit d'une vision apocalyptique. De nombreuses expressions font référence à la fin des temps et à une ambiance crépusculaire, violente et résignée.

    Dominique A attribue aussi aux couleurs une valeur morale : le vermillon, le mauve et l'orange sont laids. Leurs contraires respectifs sont le vert, le bleu et le jaune, c'est à dire le VERT ! Le Paradis terrestre, perdu par la faute des hommes est un paradis VERT où l'on ne mange pas les animaux, où les paysages "ressemblent" à quelque chose s'ils sont VERTS et ne contiennent ni "autoroutes", ni "parkings", ni "enseignes rouges", etc.

    Le Paradis se regrette en "Anatole". L'anatole est une suite d'accord tellement peu originale qu'elle est utilisée massivement dans la moitié du répertoire. Quand on est en Do Majeur, elle fait Do, La m, Fa, Sol7 comme dans 80% des chansons de Trenet. On peut la décaler comme ici : La m, Fa, Sol7, Do. On peut voir notre époque comme laide et révolue sans négliger ses bonnes vieilles ficelles.

    On a compris : avec cette chanson, la chanson française, fêtée avec enthousiasme à Boboland, a versé dans la pensée unique écologiste, dans l'acquiescement universel du rousseauïsme cucul, comme celui célébré chaque matin par Didier Varot sur France Inter (Encooooore un matin, pfff....), avec ses formules toutes faites et ses métaphores à cinquante centimes d'euro.

    Ce n'est donc pas le moment de se résigner : toute la chanson française aujourd'hui bascule dans cette pensée unique étouffante. Il est temps de réfléchir à autre chose...